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Al molto reverendo signor mio colendissimo,
Il padre maestro Paolo.
Nel monastero de' Servi.

Molto illustre signor colendissimo
Gl'eccellentissimi signori savij, havendo inteso da me che tutti li possessi notati sono in forma ordinaria come ho loro detto esser -quelli veduti da Vostra Signoria molto reverenda- di monsignor Lippomano1, mi hanno imposto che nondimeno li facci tutti veder da essa ancora con provider di sua mano una nota a parte del possesso sotto brevità di havere il tale et il tale veduto. Credendo però che mentre le pararà così di dire che alli juspatronati et al caso altra cosa che se ne raportasse di momento et non a qualunque possesso farà bisogno di questo requisito per non attediar tanto la Vostra Signoria molto reverenda.
Et perché il tempo preme a tutti quelli che aspettano la lettera di possesso2, se restarà servita di espedirli per dibattimento per poterli legger in Collegio, farà a tutti molta gratia. Et baciando molto riverentemente le mani a Vostra Signoria molto reverenda, le porga da Nostro Signore il colmo d'ogni felicità.
Di Pregadi, li 12 giugno 1609
Di Vostra Signoria molto reverenda

Servitore humilissimo
Paulo Ciera3

 

 

1. Selon toute vraisemblance, on peut identifier Giovanni Lippomano (†1611), nommé évêque de Parenzo-Pola le 8 juillet 1598 mais qui a renoncé en 1608. Le 29 octobre 1610, il est élu conservateur à la bulle clémentine. La famille Lippomano cumule de très nombreux bénéfices.
2. Cette lettre touche au problème crucial des bénéfices ecclésiastiques et, en particulier, des commendes ad vitam. Il s'agit de la provision d'un bénéfice régulier à un séculier, voire un laïc, avec dispense de la régularité ; cette procédure a été utilisée dès le début du XVe siècle pour restaurer des abbayes ou des monastères en difficulté, soit que le nombre des moines est particulièrement faible, soit que les bâtiments sont en ruine, soit que l'abbé a été scandaleux, soit que le monastère est passé en territoire turc. Cette situation dérogatoire s'éternise et les commendataires n'engagent que rarement des réformes, se contentant de percevoir les revenus. Officiellement, le concile de Trente a interdit cette pratique (décrets de la session XXV, Decretum de reformatione generali IX). La collation d'une commende est faite par bulle pontificale envoyée contre le paiement de l'annata (le revenu d'une année versé dans les caisses de la chambre apostolique) et d'un certain nombre de taxes. Les sommes étant souvent élevées, le pape a le droit de couper court à ce premier versement en envoyant un bref de capienda possessione qui autorise une entrée immédiate en possession du bénéfice et une régularisation ultérieure. Sur le territoire de la Sérénissime, il a été établi dès le milieu du XVe siècle que les commendataires doivent solliciter du sénat vénitien une autorisation de possession temporelle ou lettera di possesso contre paiement d'une taxe égale à 5 % du revenu. Et nombreux sont eux qui s'en dispensent. En territoire vénitien, la situation se complique du fait que certaines familles patriciennes conservent ces commendes de manière quasi dynastiques : ainsi, la famille Trevisan est commendataire de l'abbaye San Tommaso de Torcello de 1476 à 1734, comme la famille Corner détient San Zeno de Vérone. Sur cette question voir Anna Pizzati, Commende e politica ecclesiastica nelle Repubblica di Venezia tra '500 e '600, Istituto veneto, vol. LXX, 1997. En sa qualité de consulteur de la République, Sarpi est appelé à former un avis sur chaque entrée en possession, ce qui signifie une intervention légitime du pouvoir laïc dans la sphère ecclésiastique. Cette question est au cœur des préoccupations de la matière bénéficiale car c'est un lieu de conflit entre le monde laïc et l'Eglise: le pouvoir politique trouve son intérêt dans ce contrôle des grands monastères par des membres de la classe patricienne tandis que les moines voient d'un mauvais œil la perte d'autonomie qu'implique la nomination de supérieurs n'appartenant pas in titulum à l'ordre. Voir C. Pin (éd.), Paolo Sarpi. Consulti, Pisa-Roma, Istituti editoriali e poligrafici, 2001, vol.1, tomo secondo, p. 950-956, consulto 87 : Osservazioni per la concessione di lettere di possesso dei benefici ecclesiastici. Au cours de l'année 1609, le sénat vénitien décide une remise à plat et une vérification générale des lettere di possesso ; Paolo Ciera a pour mission de faire parvenir à Sarpi les dossier à examiner.
3. Sous le nom de Paolo Ciera, on connaît ce religieux OSA (1576-1647), né à Venise et mort à Vieste, qui s'est illustré par certaines pièces poétiques de circonstance mais dont la réputation de poète cède le pas à celle d'astrologue virtuose. DBI, XXV, p. 447-449. Cependant, le signataire de cette brève missive est son neveu, fils de son frère Giacomo, un secrétaire ducal qui sert d'intermédiaire entre Sarpi et les autorités vénitiennes. Polidori rapporte un billet que lui envoie Sarpi, en accompagnement des dossiers déjà examinés, sauf celui de Giorgio Cedolino qu'il évoque plus longuement dans le consulto 87, voir ci-dessus : Ritraggo ancora la bolla d'un beneficio della diocesi di Nona, per D. Giorgio Cedolino, ritrovandovi dentro alcune difficoltà che meritano considerazione. Manderò quella un altro giorno. Al presente bacio la mano a Vostra Signoria clarissima (lettre CXVII, p. 385). Polidori précise en note que cet homme serait mort le 20 novembre 1609.
texte_alternatif
TypeAutographe
Scripteur

Paolo Ciera

Chiffrementnon chiffrée
Signature

Paulo Ciera

LieuVenise
Source

ASV, Consultori in iure 453, f. 78r.

Editions précédentes
  • Inédit